À Charleroi, vente à la chaîne de bâtiments inoccupés depuis parfois 30 ans: « Chaque bien inoccupé génère des coûts »

Ventes de bâtiments (même dégradés), baux emphytéotiques, rationalisation des occupations : la première ville de Wallonie a accéléré le mouvement ces 18 derniers mois.

Entre janvier 2025 et mai 2026, Charleroi a quasiment doublé le nombre de cessions de bâtiments désaffectés. « Nous en avons valorisé 29 contre 17 entre 2018 et 2024 », souligne l’échevin Mahmut Dogru, chargé de la compétence.

Parmi ces transactions figurent trois « boulets » historiques, inoccupés depuis des décennies : l’ancien camp de vacances de Buvrinnes (entité de Binche), délaissé depuis un quart de siècle, la plaine de jeux de Bomerée à Montigny-le-Tilleul, en vente depuis quinze ans, et le château Halloint à Mont-sur-Marchienne.

UN CADASTRE DES BIENS COMMUNAUX SOUS HAUTE TENSION

Selon l’échevin, la clé du succès n’est ni la chance, ni une pression extérieure (convention Oxygène), mais un changement de méthode et une volonté politique affirmée. Avec l’arrivée de Julien Medros, expert en gestion de bâtiments, le cabinet Dogru travaille main dans la main avec l’administration. « Nous en récoltons les premiers fruits », se réjouit-il.

À son entrée en fonction, Mahmut Dogru s’était engagé à dresser un cadastre exhaustif du patrimoine communal. À ce jour, la ville est propriétaire de 600 bâtiments (écoles, bibliothèques, centres sportifs et culturels, locaux administratifs, etc.) répartis sur 400 sites. Parmi ceux-ci, 63 ont été identifiés comme inoccupés et proposés à la vente. Près de la moitié, soit 29, ont déjà trouvé acquéreur : certains actes notariés sont signés, et les autres finalisations sont en cours. Au total, ces opérations devraient rapporter 4,4 millions d’euros, contre 2,7 millions lors de la précédente législature.

GÉRER AVEC PRUDENCE ET RAISONNEMENT

Sur les 34 bâtiments restants, 13 ont été confiés à Arris, l’agence de développement urbain de Charleroi, pour mise en vente ou montage de projets ; trois d’entre eux feront l’objet d’une délibération au conseil communal du 18 mai. On y retrouve notamment la bibliothèque de Goutroux et l’ancienne maison communale de Jumet, dont l’état de délabrement est préoccupant.

« Nous avons le devoir de gérer en bon parent ce patrimoine que les Carolos nous ont confié », rappelle l’échevin. Et d’ajouter : « Chaque bien inoccupé génère des coûts : sécurité, assurances, dégradations. Des squatters s’y installent, vandalisent, parfois allument des incendies, comme à la conciergerie du château de Cartier à Marchienne. » Ces risques accélèrent la dépréciation des bâtiments ou leur destruction.

DES RECHERCHES PATRIMONIALES À GRANDE ÉCHELLE

Le chantier se complique dès qu’il faut retrouver d’anciens titres de propriété ou résoudre des imbrications cadastrales. Des recherches notariales sont en cours et des géomètres-experts redélimitent et bornent certains terrains ; parfois, ce sont des témoins riverains qui apprennent aux services communaux qu’un terrain leur appartient.

Anticipant ces difficultés, la ville vise à finaliser d’ici 2030 une fiche détaillée pour chaque bâtiment : caractéristiques, surface, état, rapports PEB et incendie, estimation de valeur, investissements à programmer et potentiel de reconversion. Un travail de fourmi indispensable à toute planification.

ANTICIPER LES DÉPARTS ET OPTIMISER L’OCCUPATION

La proactivité est le deuxième levier. L’ouverture prochaine de la cité administrative de Charleroi va libérer plusieurs immeubles (tour de l’Helios, bâtiment Charleurope, centre Défi à Jumet). Des démarches de commercialisation ont déjà débuté ; la commune envisage de faire appel à un professionnel de l’immobilier pour accélérer ces ventes. Parallèlement, elle récupérera des espaces libérés dans les maisons citoyennes de Gilly, Marchienne et Charleroi, ce qui implique de repenser l’organisation des services pour gagner en efficience.

Rationaliser les capacités concerne aussi les utilisateurs ponctuels (associations, clubs sportifs, comités de quartier). Chaque occupation privative sera réévaluée pour mieux répartir les moyens.

PRIORITÉ AUX INVESTISSEMENTS ENFANTS

L’objectif du collège est clair : dépenser plus judicieusement chaque euro public. Les investissements se concentreront désormais sur l’essentiel : la rénovation des crèches et des écoles, avec un accent sur la conformité aux normes de sécurité. Malgré le gel des budgets affectés aux infrastructures scolaires communales et libres par le gouvernement de la Fédération (aucune enveloppe supplémentaire depuis près de deux ans), la ville entend maintenir le cap.

Ruben Vermeersch